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Écrans et bébé : les repères par âge de 0 à 6 ans

Écran et bébé : les repères officiels de 0 à 6 ans, ce que change vraiment la télé allumée en fond, et les gestes de maman pour limiter sans crise.

La Mammina
8 min de lecture
Écrans et bébé : les repères par âge de 0 à 6 ans

Avant 3 ans, la règle française est simple : aucun écran, télévision en fond sonore comprise. Entre 3 et 6 ans, un usage court, accompagné d’un adulte et sur des contenus choisis reste possible. Le vrai levier au quotidien n’est pas le minuteur, c’est ce que vous faites de votre propre téléphone.

Les repères officiels, âge par âge

Les recommandations françaises se sont durcies ces dernières années, et elles se lisent maintenant dans le droit, pas seulement dans des brochures.

Avant 3 ans : zéro, sans exception d’ambiance

L’arrêté du 27 juin 2025, publié au Journal officiel du 2 juillet, a modifié la charte nationale pour l’accueil du jeune enfant. La phrase « il n’est pas recommandé de laisser un enfant de moins de trois ans devant un écran » y a été remplacée par une interdiction pure et simple. Elle s’applique à tous les modes d’accueil, crèche comme assistante maternelle, et couvre le smartphone, la tablette, l’ordinateur et la télévision.

À la maison, aucun texte ne vous oblige à quoi que ce soit. Mais l’argument reste le même : avant 3 ans, le cerveau du tout-petit apprend par l’échange, la manipulation et le mouvement. Un écran bébé allumé occupe le champ visuel et sonore sans rien demander en retour.

De 3 à 6 ans : court, accompagné, choisi

Après 3 ans, les repères diffusés par l’Assurance maladie et par les autorités de santé convergent : usage occasionnel, toujours avec un adulte à côté, sur des contenus adaptés, et jamais dans la chambre. L’Organisation mondiale de la santé fixe un plafond d’une heure par jour entre 2 et 4 ans, en précisant que moins vaut mieux.

Entre 3 et 6 ans, la discussion porte sur l’usage des écrans plus que sur le chronomètre, et ce que recouvre « accompagné » compte autant que la durée. Un adulte qui commente, nomme, répond aux questions transforme une vidéo passive en support de langage. Le même dessin animé regardé seul ne produit pas cet effet.

Le repère 3-6-9-12, pour anticiper la suite

Le psychiatre Serge Tisseron a proposé une grille devenue une référence en France : pas de télévision avant 3 ans, pas de console de jeu personnelle avant 6 ans, pas d’internet accompagné avant 9 ans, pas de réseaux sociaux avant 12 ans. Elle ne remplace pas les recommandations sanitaires, elle donne une trajectoire aux parents qui veulent poser un cadre pour dix ans plutôt que pour la semaine.

Salon familial en fin d’après-midi, téléphone posé écran contre la table en bois clair, panier de cubes en bois à côté

Votre téléphone, l’angle mort du salon

Les repères parlent tous de l’enfant. Presque jamais de l’adulte. Pourtant, c’est le téléphone du parent qui occupe le plus de place dans une journée de bébé, entre la tétée, la poussette et le bain.

Un tout-petit lit les visages avant de comprendre les mots. Quand votre regard descend vers l’écran, l’échange se coupe net, et il le perçoit immédiatement. Les chercheurs parlent de « technoférence » pour désigner ces micro-interruptions : elles ne durent que quelques secondes, mais elles se répètent des dizaines de fois par jour.

Le réflexe est difficile à corriger, parce qu’il est justement devenu un réflexe. Vous déverrouillez pour l’heure, vous ressortez sept minutes plus tard. Plusieurs approches existent, du simple passage de l’affichage en niveaux de gris à une application qui aide à reprendre la main sur son temps d’écran : conçue en France, elle pose une question au moment où vous ouvrez une appli que vous avez choisie, et nommer son intention en une seconde suffit souvent à refermer le téléphone. La logique n’est pas le blocage, c’est la seconde de recul.

Trois gestes concrets, sans outil particulier :

  • Poser le téléphone écran vers la table, pas face à vous, pendant les repas et les jeux au sol
  • Le laisser dans une autre pièce pendant la routine du coucher, y compris pour la veilleuse ou la berceuse
  • Grouper les notifications sur deux ou trois moments de la journée plutôt que de les subir en continu

Si vous traversez encore les premières semaines, le sujet est réel mais secondaire : les repères du post-partum et des premiers jours après l’accouchement passent avant.

Ce que la télé allumée en fond change vraiment

La télévision d’ambiance semble inoffensive parce que personne ne la regarde. C’est justement le problème.

Deux effets de la télévision en fond sont documentés. Le premier touche le jeu : un enfant qui joue dans une pièce où un poste tourne change d’activité plus souvent et reste moins longtemps concentré sur un même objet. Le second touche le langage : les adultes présents parlent moins, et surtout parlent moins à l’enfant, parce que le son occupe déjà l’espace sonore.

L’étude de la cohorte nationale Elfe, publiée en 2023 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France, donne l’échelle du phénomène en France : 56 minutes de temps d’écran quotidien à 2 ans, 1 heure 20 à 3 ans et demi, 1 heure 34 à 5 ans et demi. Le même travail montre une forte persistance individuelle des usages entre 2 et 5 ans : ce qui s’installe à 2 ans se retrouve largement à 5.

Autre point : ces moyennes recouvrent des écarts importants selon le niveau d’études de la mère et la région. Aucune famille n’est « dans la moyenne », ce qui rend la comparaison entre copines assez stérile.

Table de cuisine française dressée pour le dîner, nappe en lin, chaise haute en bois, lumière chaude du soir, aucun appareil sur la table

Les quatre moments à protéger en priorité

Plutôt qu’un quota horaire impossible à tenir avec un enfant de 2 ans, les professionnels de la petite enfance recommandent de sanctuariser quatre moments sans écran allumé. Cette approche a été popularisée en France sous le nom des « 4 pas » :

  • Pas d’écran le matin, avant la crèche ou l’école, parce que l’attention se dégrade ensuite pour plusieurs heures
  • Pas d’écran pendant les repas, y compris pour faire manger un enfant qui traîne
  • Pas d’écran avant de dormir, la lumière et l’excitation retardant l’endormissement
  • Pas d’écran dans la chambre, à aucun âge

Le troisième mérite un mot. Un tout-petit ne redescend pas en dix minutes après une vidéo : le temps de latence est plus long que chez l’adulte. Si les nuits sont déjà compliquées chez vous, la question des écrans du soir se traite avant tout le reste, en même temps que les astuces pour des nuits plus paisibles.

Le deuxième moment, celui du repas, est souvent le plus difficile à tenir, parce que l’écran fonctionne. Il fonctionne trop bien : l’enfant avale sans percevoir ses signaux de satiété, et le problème initial ne se règle jamais. Quand bébé refuse de manger, la tablette calée contre la corbeille à pain repousse la difficulté de six mois.

Limiter sans crise, âge par âge

Une règle annoncée après coup produit une crise. Une règle prévisible, annoncée avant, produit une négociation, ce qui est déjà beaucoup mieux.

À 2 ans : remplacer, pas interdire

À cet âge, le mot « non » sur un objet désirable ne suffit pas. Ce qui marche : proposer une activité concurrente au moment exact où l’écran allait apparaître. Un bac de transvasement, de la pâte à modeler, un plateau d’activités inspirées de Montessori tiennent quinze à vingt minutes, ce qui correspond justement au moment où vous aviez besoin de souffler.

À 4 ans : rendre la fin visible

La crise n’éclate presque jamais pendant la vidéo. Elle éclate à l’arrêt. Un enfant de 4 ans ne se représente pas une durée abstraite, mais il comprend une unité : deux épisodes, un minuteur de cuisine posé sur la table, la fin d’un disque. Annoncez l’unité avant d’allumer, jamais pendant.

À 6 ans : négocier le contenu, plus la durée

À l’entrée au CP, la discussion se déplace. Ce que regarde votre enfant compte davantage que son temps d’écran brut, et il est en âge d’expliquer pourquoi il aime tel programme. Faites-le raconter. Un enfant qui résume ce qu’il vient de voir en tire beaucoup plus qu’un enfant qui enchaîne.

Un mot sur la culpabilité, puisqu’elle plane sur tous les articles consacrés au sujet. Une journée de fièvre passée devant des dessins animés n’abîme personne. Ce qui pèse, c’est l’usage quotidien installé par défaut, pas l’exception.

Tapis de jeu au sol dans une chambre d’enfant, cubes en bois lisses et balle en tissu, lumière rasante du matin, pièce vide

Quand en parler au pédiatre

Certains signaux justifient une consultation, non pas parce que les écrans en seraient la cause, mais parce qu’ils méritent un avis médical dans tous les cas.

Un retard de langage à 2 ans, un contact visuel fuyant, une absence de jeu d’imitation, des colères ingérables à l’arrêt d’une vidéo : ces éléments s’évaluent, ils ne se déduisent pas d’un temps d’écran. Le médecin qui suit votre enfant dispose des repères de développement du carnet de santé et peut orienter vers un bilan orthophonique si nécessaire.

À l’inverse, un enfant de 4 ans qui parle bien, joue seul et s’endort correctement n’a pas de problème d’écrans parce qu’il regarde vingt minutes de dessin animé le mercredi.

Prochaine étape concrète : choisissez un seul des quatre moments à protéger, celui qui vous coûte le moins, et tenez-le une semaine entière. Le deuxième s’installe beaucoup plus facilement que le premier.

Questions fréquentes

La télévision allumée en fond compte-t-elle comme du temps d'écran pour un bébé ?

Oui, et les textes français le disent désormais noir sur blanc. L'arrêté du 27 juin 2025 qui modifie la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant vise l'exposition d'un enfant de moins de trois ans à un écran, y compris lorsque le poste tourne en fond sonore sans que personne ne le regarde. Le bruit et les changements de lumière suffisent à détourner l'attention du tout-petit et à interrompre les échanges avec l'adulte.

Les écrans sont-ils vraiment interdits en crèche depuis 2025 ?

Oui. Jusqu'en 2025, la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant indiquait qu'il n'était pas recommandé de laisser un enfant de moins de trois ans devant un écran. L'arrêté du 27 juin 2025, publié au Journal officiel du 2 juillet, remplace cette formulation par une interdiction. Elle vaut pour tous les modes d'accueil, collectifs comme individuels, donc aussi chez une assistante maternelle.

Combien de temps d'écran un enfant de 3 ans a-t-il en moyenne en France ?

L'étude de la cohorte nationale Elfe publiée en 2023 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France mesure 56 minutes par jour à 2 ans, 1 heure 20 à 3 ans et demi, et 1 heure 34 à 5 ans et demi. Ces durées sont des moyennes : elles varient fortement selon les familles, mais elles montrent surtout que les usages installés tôt persistent.

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